Une infirmière du Public Health Service examine l'oreille d'un patient dans les années 1950.
Images from the History of Medicine (IHM), National Library of Medicine.

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De nombreux documents (archives du Bureau of Indian Affairs et de l’Indian Health
Service à partir de 1954, rapports commandés par le gouvernement et rédigés par des
militaires, des psychiatres, des personnels hospitaliers, lettres de médecins aux familles ne
résidant pas dans la réserve) décrivent les problèmes de communication entre
les personnels de santé et les patients navajo.
Malgré la volonté manifeste du gouvernement américain
de promouvoir une médecine accessible au plus grand nombre afin d’améliorer les
conditions sanitaires des Navajo et de diminuer le taux de mortalité des
habitants de la réserve, les réticences des patients navajo à se rendre dans
les lieux de soins créés à leur attention ont entravé l’essor d’une médecine
“héroïque”, venant à bout des maladies infectieuses décimant la population
indienne.
Le personnel hospitalier faisant part de ses
difficultés dans des lettres ou des rapports commandités a très vite perçu la
nécessité d’un travail sur les représentations partagées par chacun. En effet,
les valeurs et les croyances navajo ont souvent fait obstacle à la création
d’un lien de confiance et de respect entre praticiens occidentaux et Navajo
traditionalistes ou peu acculturés.
Le discrédit voire le mépris porté sur les
actions menées par le hataali ou le diagnostiqueur expliquent également
pourquoi certains personnels de santé n’ont pas su convaincre leurs patients de
mener à terme le traitement administré à l’hôpital.
Il semblait nécessaire de réaliser un travail sur les
représentations et les préjugés de chacun pour une meilleure compréhension des
soins prodigués, qu’il s’agisse des rituels navajo ou des traitements médicaux
occidentaux. Ce travail, mené sur des décennies, a permis l’acceptation des
pratiques de chacun, voire la reconnaissance de la complémentarité des deux
médecines. Il illustre comment un travail sur les représentations subjectives
nourries par les croyances, les valeurs ou la crainte de l’altérité a permis la
transmission de savoirs médicaux ou religieux facilitant la guérison et le
bien-être des patients.
"La différence entre un docteur blanc et un médecin navajo ?
Eh bien, lorsque vous allez voir le docteur blanc, la première chose qu'il vous demande c'est:
'Alors des problèmes de digestion ?'
Mais si vous allez voir un médecin navajo, il vous demandera:
'Alors, vous avez fait de beaux rêves dernièrement ?' "
C.Gorman, avril 1969, microfilm #286, Zimmerman Library.
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